L'impact des difficultés vécues pendant l'enfance
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Informations générales
Nom de l’article : Childhood adversity predicts stronger premenstrual mood worsening, stress appraisal and cortisol decrease in women with Premenstrual Dysphoric Disorder
Traduction : Les difficultés vécues pendant l'enfance sont associées à une aggravation plus marquée de l'humeur prémenstruelle, à une perception plus forte du stress et à une baisse plus importante du cortisol chez les femmes atteintes du trouble dysphorique prémenstruel
Nom des auteurs-rices : Sibel Nayman, Isabelle Florence Schricker, Iris Reinhard, Christine Kuehner
Date de sortie : Novembre 2023
Lien et/ou n° DOI : https://www.frontiersin.org/journals/endocrinology/articles/10.3389/fendo.2023.1278531/full
Résumé de l’étude
Contexte
Le trouble dysphorique prémenstruel (Premenstrual Dysphoric Disorder, PMDD) est une forme sévère de syndrome prémenstruel caractérisée par des symptômes émotionnels importants (irritabilité, tristesse, anxiété, labilité émotionnelle) apparaissant durant la phase lutéale tardive du cycle menstruel et disparaissant après le début des règles.
Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, les femmes atteintes de PMDD présentent des taux hormonaux ovariens normaux. Le problème ne semble donc pas être la quantité d’hormones (œstrogènes, progestérone), mais plutôt une sensibilité cérébrale anormale aux variations hormonales, notamment à l’alloprégnanolone, un neurostéroïde dérivé de la progestérone.
Par ailleurs, plusieurs travaux ont montré une implication du système du stress — l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (Hypothalamic-Pituitary-Adrenal axis, HPA) — chez ces patientes : on observe souvent une activité du cortisol plus faible ou moins réactive.
Or, l’enfance constitue une période critique pour la programmation de cet axe. Les adversités infantiles (abus émotionnel, physique ou sexuel, négligence) peuvent entraîner un stress chronique durable et modifier le fonctionnement neuroendocrinien à l’âge adulte.
Plusieurs études avaient déjà montré :
forte prévalence de traumatismes précoces chez les femmes avec PMDD,
association entre traumatismes et sévérité des symptômes prémenstruels.
Mais une question restait peu étudiée :L’adversité durant l’enfance modifie-t-elle le profil biologique et émotionnel cyclique du PMDD, indépendamment des stress récents ?
L’objectif principal de cette étude était donc d’examiner si les expériences adverses précoces influencent :
l’humeur,
la perception du stress,
l’activité du cortisol au cours du cycle menstruel chez des femmes atteintes de PMDD.
Méthode et matériel
Participant·es
52 femmes diagnostiquées PMDD selon les critères du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 5e édition (DSM-5) ont participé.
Critères importants :
cycles réguliers
pas de contraception hormonale
pas d’antidépresseurs
pas de troubles psychiatriques majeurs actuels
Évaluation des traumatismes
Les adversités infantiles ont été mesurées par le Childhood Trauma Questionnaire (CTQ), évaluant :
abus émotionnel
abus physique
abus sexuel
négligence émotionnelle
négligence physique
Les événements stressants récents (12 derniers mois) ont aussi été mesurés afin de pouvoir les contrôler statistiquement.
Mesures physiologiques et psychologiques
L’étude est particulièrement intéressante car elle n’est pas une simple étude par questionnaire.
Elle utilise une évaluation ambulatoire intensive (Ambulatory Assessment) :
Pendant 4 jours :
en phase folliculaire
en phase lutéale tardive
et cela deux fois à 5 mois d’intervalle.
Les participantes recevaient des signaux plusieurs fois par jour sur smartphone et devaient :
Évaluer en temps réel :
affect négatif (irritation, tristesse, nervosité…)
affect positif (calme, énergie, satisfaction)
perception du stress
Prélever de la salive pour mesurer le cortisol.
Résultats
Variations liées au cycle
Comme attendu :
aggravation émotionnelle en phase lutéale
augmentation de la perception du stress
Cependant, ces fluctuations avaient tendance à diminuer légèrement avec le temps.
Effet des adversités infantiles
Les résultats majeurs de l’étude :
Les femmes ayant vécu plus d’adversité dans l’enfance présentent :
Sur le plan émotionnel
plus forte augmentation de l’affect négatif en phase prémenstruelle
plus forte baisse de l’affect positif
perception du stress plus élevée
Autrement dit le PMDD est nettement plus sévère chez elles.
Résultats biologiques (cortisol)
Point très important.
Chez les femmes ayant peu d’adversité : → pas de variation significative du cortisol selon le cycle.
Chez celles avec forte adversité : → baisse du cortisol en phase lutéale tardive.
Cela suggère un fonctionnement altéré de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien.
Conclusion et discussion
L’étude montre que les traumatismes précoces ne sont pas seulement un facteur psychologique : ils semblent modifier la biologie du PMDD.
Les auteurs proposent l’idée clé suivante : il pourrait exister plusieurs sous-types biologiques de PMDD.
Un sous-type particulier serait caractérisé par :
antécédents traumatiques infantiles
hypersensibilité émotionnelle prémenstruelle
activité cortisolique abaissée
Ce profil correspond à une forme de dérégulation chronique du système de stress, probablement liée à une programmation précoce de l’axe HPA.
L’adversité durant l’enfance :
aggrave les symptômes émotionnels prémenstruels
augmente la perception du stress
modifie la régulation du cortisol
Elle constitue donc un facteur indépendant majeur influençant l’intensité du trouble dysphorique prémenstruel.
Les auteurs suggèrent que le TDPM ne doit plus être considéré uniquement comme un trouble hormonal, mais comme une interaction complexe entre :
hormones ovariennes
cerveau émotionnel
système de stress
histoire développementale.



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